Yayoi Kusama, « La princesse aux petits pois »

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Kusama with PUMPKIN, 2010Installation View: Aichi Triennale 2010
Courtesy Ota Fine Arts, Tokyo/Singapore/Shanghai and Victoria Miro, London/Venice. © YAYOI KUSAMA
© Courtesy Ota Fine Arts, Tokyo/Singapore/Shanghai and Victoria Miro, London/Venice. / YAYOI KUSAMA

J’ai côtoyé la folie.

Il parlait à Dieu. A Jésus aussi, mais c’était moins fréquent.

Les fêlés laissent passer la lumière. C’est tellement vrai.

Yayoi Kusama vit à Tokyo, dans un établissement psychiatrique.

L’artiste japonaise s’y est faite interner en 1973, à son retour de New-York, après 15 années passées à fréquenter l’avant-garde new-yorkaise.

C’est fou quand même : une jeune provinciale de 29 ans, psychologiquement instable, issue d’une famille ultra-conservatrice, qui décide de quitter son Japon natal pour le tourbillon artistique de la scène new-yorkaise des années 60, en pleine vague hippie. Quel courage !

Et malgré le fait que, à cette époque, les femmes n’avaient pas de valeur sur la scène artistique américaine, Yayoi Kusama s’y fera un nom. A grand renfort de performances et d’installations. Elle choque pour attirer l’attention sur son travail. Et ça marche.

Après coup, avec le recul, elle dira qu’elle se considère comme l’initiatrice de l’art contemporain d’après-guerre. Elle ira même jusqu’à soutenir que, dans le domaine du Pop Art, les autres artistes (Warhol inclus) n’ont rien fait d’autre que l’imiter.

Mais ce n’est pas pour ses interventions contestataires, anticapitalistes ou féministes que l’artiste est aujourd’hui internationalement célèbre. Le grand public la connait plutôt pour son univers naïf, régressif, enfantin, joyeux et pop. Un art coloré, stylisé, hypnotique, à l’esthétique minimaliste reconnaissable entre mille.

Des pois. Des pois. Et encore des pois. Telle est sa marque de fabrique.

Alors oui, c’est sympathique, c’est facile d’accès, ça fait joli sur les réseaux sociaux. Mais c’est bien plus profond que ça n’y parait.

Yayoi Kusama a dix ans lorsque, assise à la table familiale, elle a une vision. Les fleurs rouges qui décorent la nappe envahissent le plafond, les murs, le sol, ses bras, … jusqu’à l’engloutir totalement. De ces hallucinations naitra « La princesse aux petits pois ».

Les « sympathiques » pois de Yayoi Kusama résultent de graves troubles obsessionnels compulsifs. L’artiste reproduit à l’infini ses visions dans un but cathartique, pour se débarrasser du sentiment d’effroi qui la hante depuis l’enfance. En créant, elle se contrôle et se libère.

En filigrane, l’artiste s’interroge quant à la place du « moi » dans l’infini : « La Terre est un pois, les étoiles sont des pois, le soleil est un pois, ma vie est un pois parmi des milliers d’autres pois. »

L’art de Yayoi Kusama peut-il être qualifié d’Art Brut ? Comme les artistes d’Art Brut, elle reproduit des visions, des projections hallucinatoires. Comme eux, elle répète ses structures à l’infini et a peur du vide ; elle crée de manière frénétique, par pulsion vitale. Mais contrairement à eux, elle n’est pas auto didacte. Elle ne crée pas dans l’anonymat. Elle ne travaille pas avec du matériel de fortune.

Comment qualifier son travail dans ce cas ? Est-ce du Pop Art ? Du Minimalisme ? Mais non voyons !!! C’est du « Kusama Art » ! OK, va pour le « Kusama Art ». Mais en même temps, si chaque artiste commence à créer son propre mouvement, on ne va plus s’en sortir.

Bref.

Aujourd’hui, « La princesse aux petits pois » a passé 91 ans. C’est une star de l’art et du marché de l’art international.

Son œuvre est lumineuse. Elle brille de cette lumière si particulière qui émane de la folie.

 

Note dédiée à Jean-Jacques Bériot (1969 – 2019)

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