« La colombe sous les balles », Banksy (Cisjordanie)

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Quarante-deuxième jour de confinement. L’art me manque.

Je rêve d’une expo (même barbante), d’un vernissage (même mondain), d’un finissage (même bondé) … n’importe quoi qui puisse me rappeler le plaisir d’échapper.

« Anywhere out of the World », écrivait Baudelaire.

T’sais quoi Charles : l’Art, c’est mon Paradis artificiel à moi. Ma came. Et là, je suis franchement en manque.

Alors, je me souviens.

Quel a été mon dernier coup de cœur artistique ? Celui dont je n’ai pas encore parlé ici.

C’était en décembre dernier. J’étais partie en Israël rejoindre un groupe de pèlerins. Je voulais passer Noël en Terre Sainte.

Le 24 décembre, nous arrivons à Bethléem. Visite de l’église de la Nativité, de la Grotte du Lait, tout ça … Puis, vers 18.00, c’est le départ vers la place de la Nativité pour la Messe de minuit célébrée par le Patriarche.

Et là, en route, je l’aperçois, divine. Pas la sainte vierge, non, la colombe !!! Celle de Banksy !!! « La colombe sous les balles », une fresque murale réalisée au pochoir sur le (tristement célèbre) mur de séparation entre Israël et la Palestine. Elle est là, devant moi, sur un mur criblé de balles. Son cœur menacé par un tir de sniper.

Cette œuvre dénonce l’occupation d’Israël en Palestine. Notre guide refuse que je m’y attarde. Trop dangereux.

Je l’ai donc eue l’illumination en Terre Sainte. Sauf qu’elle fut pour l’Art, et non pour Dieu. On n’échappe pas à son destin.

Donc, Banksy.

Je le déteste. Enfin, je le détestais, jusque-là.

En fait, je connaissais très mal son travail.

OK, la « Petite Fille au ballon », c’est joli. C’est poétique. C’est vrai, « Il y a toujours de l’espoir ». Mais à force de voir cette gamine sur les t-shirts des marchés de Camden, j’ai saturé. Et puis, tant qu’à la faire s’autodétruire, autant la faire s’autodétruire complètement, non… et pas qu’à moitié.

Bref.

Depuis mon retour d’Israël, je me suis pas mal intéressée à l’artiste britannique. Un artiste engagé qui a le mérite de crier l’injustice et de faire réfléchir. Ses œuvres sont politiquement et socialement engagées.

Ce qui fait son génie, ce n’est pas tant sa technique de création (le pochoir). Blek le Rat était là bien avant lui (et il s’en est inspiré d’ailleurs). C’est sa capacité à être au bon endroit, au bon moment. D’entrer en résonance avec l’actualité et la conscience collective. « La colombe sous les balles » en est un parfait exemple. Et il y en a plein d’autres : la silhouette fantomatique sur l’une des portes de secours du Bataclan ; Steve Jobs sur les murs de Calais pour illustrer la crise des migrants ; …

Sa seconde force, et sa marque de fabrique : l’art du détournement, de l’inversion des rôles, du renversement des valeurs. Chez Banksy, les protagonistes adoptent des comportements contraires à ceux qui leur sont communément attribués dans l’imaginaire collectif. Bel exemple que celui de la peinture murale présente dans l’une des chambres du Walled Off Hotel (que je n’ai hélas pas pu visiter – Oh rage ! Oh frustration !). On y voit un membre de la police des frontières israélienne et un Palestinien engagés dans une violente… bataille d’oreillers.

Autre application magistrale de l’art du détournement, l’œuvre « Napalm ». Peut-être ma préférée. L’enfant est celle du célèbre cliché qui a reçu le prix Pulitzer en 1972. Banksy lui a ajouté un large sourire glaçant et l’a affublée de deux sinistres acolytes : Mickey Mouse et Ronald Mac Donald.

“If graffiti changed anything – it would be illegal”. Chaque œuvre de Banksy est un Manifeste qui interpelle sur la condition humaine. Son art véhicule des messages forts. Son discours est effrontément libertaire, antimilitariste, anticapitaliste ou antisystème.

Voilà, je vais m’arrêter là. Que dire de plus de toutes façons ? De un, vous en savez sans doute autant que moi, vu l’omniprésence de Banksy sur la scène mediatico-artistique. De deux, on n’en sait pas beaucoup plus, vu son anonymat savamment préservé. Ce qui renforce d’ailleurs l’engouement des médias / du public et contribue au mythe.

Ah si ! Saviez-vous que Banksy avait réalisé une film-documentaire sorti en salles en 2010 et nominé aux Oscars l’année suivante ? Faites le mur ! (Exit Through the Gift Shop). Je parlais de Manifeste un peu plus haut. En voilà un savoureux, déjanté et percutant.

87 minutes durant lesquelles le confinement m’aura paru un peu moins pénible. Et le manque d’Art, un peu moins pressant.

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