« Assiè » par Carine Mansan

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Jusqu’au 30 mai, Carine Mansan expose à Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, dans un restaurant-galerie du Quartier France.

Quelle probabilité y avait-il que – de un – je sois sur place et que – de deux – j’ai la chance de la rencontrer.

Minime.

Et bien pourtant, par un heureux hasard de la vie, j’étais à La Case Bleue, le 13 avril dernier, pour le vernissage de l’exposition « Assiè ».

C’est le lendemain, dans un hôtel tout proche de la case Bleue, que j’eu l’opportunité de m’entretenir avec elle.

Ou plutôt de l’écouter. Car il y a de vieilles âmes dont l’histoire se passe de tout commentaire.

« Assiè » signifie « terre » en baoulé, la langue du peuple ivoirien des Baoulés.

Cette série fait écho à la longue tradition textile de l’Afrique noire. La palette chromatique rappelle les pigments naturels de l’artisanat traditionnel africain et se décline entre le jaune clair, le beige et le noir, en passant par différents tons de marron.

« Assiè » s’inspire d’un conte initiatique peul d’Amadou Hampâté Bâ : « Kaidara », dieu de l’or et de la connaissance.

« Kaidara » a comme thèmes l’initiation à la connaissance, la réalisation de soi et la compréhension des choses de la vie. Un voyage initiatique inspirant pour cette jeune artiste d’origine ivoirienne en pleine mutation.

Née à Abidjan le 26 mai 1988, Carine Mansan perd sa maman très jeune et se réfugie dans les jeux vidéo et plus particulièrement les jeux de rôle de Final Fantasy. De fil en aiguille, elle découvre les mangas et se passionne pour la culture nippone : son folklore, ses mythes, son iconographie.

La jeune femme rêve alors de devenir artiste concepteur de jeux vidéo. Elle crée des personnages et veut faire du dessin son métier.

Quelques années plus tard, après des études de biologie (sa seconde passion après l’art), elle quitte la Côte d’Ivoire pour la France où elle étudie le design d’intérieur à la prestigieuse école de Condé de Paris.

Elle part ensuite pour le Canada et entre à la faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal.

C’est là qu’elle décide de fréquenter différents cours et ateliers libres d’art, parallèlement à son cursus universitaire.

Sa rencontre avec Achilles KOUAMÉ, professeur de dessin et de peinture à l’académie des Beaux-arts de Montréal est décisive.

Des peintures acryliques et des aquarelles de Carine, celui-ci retient le travail de la matière, par touche. Son conseil à la jeune artiste : oublier le figuratif et se concentrer sur l’abstrait.

Un conseil suivi à la lettre par la jeune femme qui voit spontanément sa palette chromatique évoluer vers ce qui fait aujourd’hui sa marque de fabrique, sa signature.

L’artiste trouve par ailleurs dans le non figuratif l’occasion d’exprimer ses états d’âmes et sa spiritualité, librement et de façon spontanée.

Parallèlement à cela, Carine Mansan s’initie à la réalisation d’icônes : la symbolique, les techniques anciennes, le trait et la forme iconographique, la pose de l’or, … Par ce biais, elle renoue avec son intériorité et expérimente l’aspect sacré, contemplatif et transcendantal de l’art.

Elle aime que « les icônes ne soient pas signées, qu’elles résultent d’un acte de don par lequel l’artiste s’efface, mais dont elles laissent malgré tout transparaître le battement de l’âme… »

Le sacré tient une place importante dans son histoire personnelle et, par conséquent, dans son œuvre. Vers l’âge de dix ans, alors que sa maman est très malade, Carine effectue un pèlerinage avec sa tante à la basilique Notre-Dame de Liesse dans le Nord de la France. L’image d’Isméria, la Vierge Noire la fascine et marque son imaginaire.

Elle n’y pense plus jusqu’au jour où, il y a deux ans et demi, elle retombe sur cette même Vierge noire, par hasard. L’artiste décide alors de creuser et de se documenter sur cette statuaire. Elle entreprend par ailleurs un pèlerinage (marquant) à Notre-Dame de Rocamadour, sur les Chemins de Compostelle, à la rencontre d’une des vierges noires les plus connues et vénérées d’Europe.

Ses recherches la guident vers le Cantique des cantiques et plus spécifiquement vers un passage en particulier : « Je suis noire mais belle »… selon l’Église catholique, le fondement théologique à l’origine de la couleur de ces Vierges.

Carine creuse encore et découvre qu’au Moyen-Âge, en Europe, un des noms donnés à tous les Noirs était Ethiopiens venant de « Aethiopius » qui signifie Visage brûlé (noir en grec).

De ces découvertes nait un projet artistique colossal intitulé « Ethiopian », toujours en cours actuellement : « Ethiopian brasse spiritualité et quête. Il prend racine dans les traditions mystiques anciennes. Cette œuvre illustre la quête essentielle de l’humanité… »

Un projet très personnel qui se décline sous trois formes : une fresque monumentale composée par la répétition géométrique d’un même visage dessiné au stylo, des portraits grand format réalisés à la peinture à l’huile ainsi qu’une série de têtes sculptées dans l’argile.

Aujourd’hui, à 30 ans, Carine Mansan est à la croisée des chemins. D’un côté sa maîtrise du figuratif, de l’autre son travail des matières et de l’abstraction. Le tout empreint d’art sacré, de questionnements existentiels, de quête identitaire et de culture africaine.

« Quoi que je fasse, tout s’enracine dans la culture africaine, malgré moi. » De retour en Côte d’Ivoire depuis peu, Carine Mansan compte bien s’y installer et se consacrer entièrement à l’art et à la création.

« Beaucoup de jeunes artistes reviennent en Côte d’Ivoire avec le désir de se réapproprier une culture ancestrale occultée durant le 20ème siècle, conséquence de la colonisation. Nous avons 50 ans de retard dans le processus créatif. La nouvelle génération d’artistes veut sortir de l’isolement et collaborer de façon multidisciplinaire. »

« Je suis noire mais belle ». A travers cette parole de l’écriture, chère à l’artiste, c’est toute l’Afrique qui est célébrée, chantée, magnifiée et glorifiée.

Une parole que l’on retrouve en filigrane de son œuvre.

Bonne route, mystérieuse et passionnante vierge noire (…)

Exposition « Assiè » par Carine Mansan
A voir du 13 avril au 30 mai
au restaurant-galerie « La Case Bleue »
Grand-Bassam, Côte d’Ivoire

Liens :

Carine Mansan sur Vimeo
https://vimeo.com/192222859

Site officiel
http://www.carinemansan.com

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